Association de défense des droits des usagers de la route

Les stages de récupération de points font le plein... et ce n'est qu'un début

Les stages de récupération de points font le plein... et ce n'est qu'un début

 La répression de plus en plus accrue sur les routes contraint davantage de conducteurs à suivre ces modules pour regagner quatre points de permis...

Combinée à d'autres mesures répressives, la limitation de la vitesse à 80 km/h annoncée mardi devrait devrait conduire à une hausse des inscriptions dans les stages de récupération de points.
Plus de 302.000 personnes en ont suivi un en 2016.

L'abaissement de la vitesse à 80 km sur la quasi-totalité du réseau secondaire annoncé mardi ne fait pas que des mécontents. Les quelque 1.500 organisateurs de stages de récupération de points y voient une nouvelle occasion d’augmenter leur clientèle dans les prochaines années.

« Les comportements des conducteurs ne changent pas du jour au lendemain »

Une bonne nouvelle pour eux qui succède à d’autres… Car le nombre de stagiaires potentiels avait déjà augmenté avec l’obligation pour les employeurs depuis janvier 2017 de désigner leurs salariés flashés (qui perdent désormais des points) et la montée en charge depuis septembre des radars embarqués.

« Toutes ces mesures devraient contribuer à augmenter la demande de stages de récupération de points, car- même si elles ont un effet dissuasif - les comportements des conducteurs ne changent pas du jour au lendemain », estime Patrice Bessone, président du métier Éducation Routière au CNPA. « On verra les effets du passage de 90 à 80km/h sur les routes secondaires plusieurs mois après son entrée en vigueur [le 1er juillet 2018]. Mais on peut supposer que le nombre de conducteurs perdant des points va augmenter. Car pour certains automobilistes, il sera difficile de changer d’habitudes de conduite », renchérit Caroline Gastard, responsable pédagogique à l’Automobile Club.

Le prix du stage ne freine pas les automobilistes

Ce marché juteux, ne fait que prospérer depuis une quinzaine d’années : depuis la mise en place des premiers radars automatiques en 2002, le nombre de stagiaires a été multiplié par six. « Logiquement, plus il y a eu de radars, plus les conducteurs ont été flashés et plus ils ont perdu de points », commente Patrice Bessone.

Selon la Sécurité routière interrogée par 20 Minutes, « en 2016 [dernier chiffre disponible], plus de 302.000* automobilistes se sont inscrits à l’un de ces stages », afin de récupérer quatre points de permis en deux jours. La même année, 63.170 permis avaient été invalidés pour solde nul.

« Lorsque le capital de points atteint ou franchit le seuil des six points, un courrier recommandé alerte l’usager et l’incite à suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière », explique le porte-parole de la Sécurité routière. Et malgré le coût élevé de cette formation (entre 115 et 230 euros), beaucoup d’automobilistes décident de s’y inscrire. « Notamment tous ceux qui ont ne peuvent pas travailler sans véhicule », souligne Patrice Bessonne.

« De plus en plus souvent, les gens anticipent et ne veulent pas attendre de perdre leur  permis pour suivre la formation. Dès six points sur leur permis, ils s’inscrivent », constate Caroline Gastard. « Ce sont en majorité des hommes, d’un peu tous les âges et qui ont souvent perdu des points à cause de petits excès de vitesse, parce qu’ils ont utilisé leur téléphone au volant ou qu’ils ont franchi un feu orange », observe-t-elle.

La majorité des stagiaires satisfaits

Ces sessions sont animées par un formateur et par un psychologue qui invitent les participants à repérer les  dangers de la route et à s’interroger sur leurs comportements au volant. « On ajuste le stage en fonction de la problématique du groupe pour que chacun se sente concerné. Et on favorise les interactions en organisant des jeux de rôles », indique Caroline Gastard. Seul hic : s’il y a une obligation d’assiduité des participants, il n’y a pas de validation de leurs acquis après le stage. Mais selon le ministère de l’Intérieur « plus de 90 % des usagers qui assistent à ces stages les jugent bénéfiques ».

Et selon Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la Sécurité routière « 90 % des personnes qui les ont suivis n’y reviennent pas, ce qui montre qu’elles changent leur conduite », a-t-il déclaré lors d’une interview à France 5 e en décembre dernier. Pour s’assurer de la qualité pédagogique de ces stages,  Emmanuel Barbe a renforcé ces dernières années le contrôle des organismes qui les organisent. En 2016, il a conduit à 28 retraits et quatre suspensions d’agrément. Une démarche qualité d’autant plus essentielle si la clientèle de ces organismes bondit dans les prochaines années…


 

12/01/2018 20 MINUTES.FR

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